Peines Perdues

Après un an passé à tenter de vider l’appartement de ma mère — sans jamais vraiment y parvenir, tant le deuil rendait ce geste impossible — je me retrouve dans ce lieu de mon adolescence désormais vidé, au lendemain du passage de débarrasseurs. Il faut maintenant accepter de le laisser derrière soi.

Cette série est comme une dernière étreinte, un ultime adieu qui n’arrive pas à s’exprimer, dans cet espace chargé de mémoire et d’émotions.

Peines Perdues

Peines Perdues ( extrait)

Et puis mon frère s’est tourné vers moi et m’a dit: “ Je te préviens, ils réduisent tout à la masse. Ce ne sont pas des brocanteurs.”

Les débarrasseurs ont sonné. Le cap que je ne parvenait franchir, ils allaient m’en débarrasser, m’en libérer. Mais ce fut les coups, le bruit, des heures durantes. Immobile au milieu du fracas, autour de moi tout devient poussière, vole, éclate, à coup de masse et de hache. Oui, à coup de hache. Sans que ma mère ne le sache. Elle n’est même pas morte. Elle n’est juste plus là.

Ce ne sont pas des brocanteurs.

Les débarrasseurs partis, il faut parvenir à quitter ce rien. Mais il n’y a pas d’issue à cela. Si ce n’est espérer que ça s’efface ou le trainer avec soi en attendant. Il faut partir. Il faut partir. On ne s’échappe jamais vraiment du ventre de sa mère. Si ce n’est à coup de masse. J’étais prévenu.

After a year spent trying to empty my mother’s apartment—never truly managing to do so, as grief made the act almost impossible—I return the day after the clearance workers have come. I find myself in this place from my adolescence, now emptied, a space that must finally be accepted as something to leave behind. This series becomes a kind of last embrace, an attempt at a final farewell that struggles to find its expression within a place so dense with memory and emotion.

Losing battle